Weibo, culture web chinoise ET PANDAS

J’avais pas l’intention d’écrire un article, mais plutôt que de glander sur Weibo, autant faire  partager tout ça.

 

Mais qu’est-ce que Weibo?

Weibo (pinyin : Wēibó, «nouvelle vague») est le Twitter chinois. Enfin, c’est un mix particulièrement bâtard de Facebook, Twitter, Instagram et Fourthsquare, soit une usine à gaz aussi complexe qu’inesthétique, dans la plus pure tradition chinoise.

Vous en avez peut-être entendu parler, surtout récemment avec le renouvellement du comité permanent du parti communiste chinois (changement de président donc, inutile de préciser que le processus est démocratiquement exemplaire) où les médias le citent ponctuellement.

Par exemple, Le Monde possède un blog sur «l’empire Weibo» qui est assez intéressant.

Ma motivation était de voir du chinois vivant, d’autant plus que le site est pas disponible en Anglais. Joie.

L’inscription s’avère plutôt simple, le seul point de friction est qu’il demande le numéro de passeport ou de carte d’identité pour s’inscrire. Toujours un gros pincement au cœur à l’idée de livrer son numéro de passeport comme ça, mais bon, la Chine. De toute façon, le site a buggué et il refusait mon numéro de passeport pour une raison que j’ignore, donc ça s’est terminé en inventant un numéro de carte d’identité avec l’aide d’un chinois. D’ailleurs y’a même pas de clef de vérification comme sur nos numéros de sécurité sociale, encore plus simple à inventer.

C’est aussi le moment où on se demande «mais qui se cache derrière Sina Weibo pour pouvoir demander mon identité officielle?»

Et bien c’est simple, derrière Sina Weibo se cache Sina Corp, une entreprise chinoise de médias en ligne, créée en 1999 (un an après Google) et qui a dégagé un demi milliard de bénéfice en 2011.

Ah, et c’est une entreprise publique, rassuré ?

Pareil pour Tencent Holdings, troisième entreprise du secteur Internet après Google et Amazon (38G$ de capitalisation) et pourtant inconnue du grand public en occident. Tencent est à l’origine de QQ (le MSN chinois, qui par contre est bien plus populaire que l’original, genre tout le monde en a un, même moi) et Weixin dont j’ai déjà parlé, une sorte de QQ Mobile. Tencent développe d’ailleurs un concurrent à Sina Weibo, sobrement appelé Tencent Weibo.

Tencent est également propriétaire de Riot Games, le créateur de League Of Legends. Oui, League of Legends est chinois !

Inutile de préciser que c’est aussi une entreprise publique. Bref, ici, c’est pas des entreprises privés genre Google qui vous espionne, c’est juste l’état. Je me demandais quel était le business model de Weixin, gratuit et sans pub, mais ça simplifie peut-être le travail de l’état pour ce qui est du trackage de crimepensées et autres actes politiques doubleplusinbon. (Sina Weibo dégage de l’argent de toute façon, c’est pas échelon qui dégage des bénéfices haha)

Justement, alors que j’allais publier cet article, Le Monde a publié un article qui parlait de l’espionnage par Weixin, exactement ce que j’évoquais. Mais c’est que je pourrais travailler pour Le Monde dis donc.

Bref, je m’égare, revenons à Weibo.

Donc, ça ressemble à Twitter, y’a un système de follower et following, et les messages sont limités à 140 caractères, en théorie.

« Le compteur est buggué » ça fait pas 11 caractères chez moi…

 

Au passage, 140 caractère en chinois, ça fait BEAUCOUP d’information, je sais pas pourquoi ils ont repris (enfin essayé) cette limite, surement histoire d’avoir un point de similarité avec Twitter. Le haut du fil est constitué de Tweets (de 微博 pardon) recommandés. C’est juste les trucs les plus populaires du moment, pas forcément de pub, mais franchement, c’est assez lourd car long à scroller à chaque fois avant d’arriver à ma timeline.

Capture d’écran de Weibo, cliquez pour agrandir.

Niveau fonctionnalités différentes, il est possible de retweeter un tweet en y ajoutant un commentaire, ce qu’on fait difficilement sous Twitter puisqu’on reste confiné à la limite de 140 caractères.

Pour les mauvaises langues, le background est changeable, je l’ai juste gardé pour le côté kitch.

Un autre truc sympa est qu’il est possible de commenter un tweet sans tweeter nous-même, donc pas besoin de se servir de Twitter comme un chat à force de débat. (pas politiques les débats, haha-haha) C’est assez pratique, même si j’avais pas compris avant de m’en servir que les messages sont rangés dans du plus récent au plus vieux (je me demandais pourquoi ils avaient que des conversations dénuée de sens)

 

La fonction qui permet de commenter un tweet est fort pratique, mais ajoute de la complexité à cause de la création d’une arborescence de fils twitter…

 

Le site est géant, y’a des liens partout, je me suis déjà perdu dessus, on est vraiment loin du concept simple de Twitter : c’est bien le truc chinois incompréhensible car trop compliqué, tout en étant bancal et peu ergonomique.

Dans la rubrique bizarre, les profils contiennent notre situation maritale, notre université, si on cherche une relation, notre orientation sexuelle, notre signe astrologique ainsi que… notre groupe sanguin. J’ai pas trop compris pour le dernier, mais bon. C’est là qu’il se rapproche de Facebook.

 

Il y a aussi un système de grades et de badge à la fourthsquare, genre en fonction du nombre de followers, de l’activité et tout ça, qui donnent des petits logos à côté des pseudos et ouvrent des avantages consignés dans un gigantesque tableau récapitulatif complètement abscons dont seule la civilisation chinoise possède les secrets de production. Puisque « toutes les civilisations ne se valent pas » en terme de tableaux. (d’ailleurs on a tous mis plusieurs jours à comprendre comment se lisait l’emploi du temps qu’on nous a donné au début de l’année). Ça motive sans doute les chinois à être actifs, eux qui aiment tant les «signes extérieur de …»

Il existe également une version VIP qui ajoute un logo de couronne royale à côté de pseudo et qui ouvre aussi pas mal d’avantages, également consigné dans un tableau incompréhensible dans lequel j’ai eu la flemme de me plonger. Le meilleur tarif est à l’année, 108 yuan, soit autour de 15 euro. Mais vous aurez la couronne sur votre pseudo et tout le monde saura que vous pouvez même dépenser de l’argent pour acheter du rien. Vu la mentalité chinoise, c’est sans doute lucratif. Y’a aussi des «jeux exclusifs», un espace disque, visiblement des bonus de rapidité, relever le plafond du nombre maxi de followers et tant d’autres trucs… Bref, je pense que pas mal de gens doivent être plus ou moins contraints de s’en servir, vu les limitations de la version normale…

Autre chose bizarre : une fonction creep qui permet de suivre des gens sans qu’ils le sachent.

Y’a aussi une copie du chat de facebook avec les gens pour qui la relation de follow est réciproque. J’suis pas fan de ça.

Bref, Weibo possède des bons côtés… et des moins bon, mais ça reste intéressant de voir du chinois dans la nature.

J’avais perdu mon habitude d’aller sur Twitter avec mon téléphone à chaque temps mort vu qu’il est censuré, j’ai repris l’habitude avec Weibo…

 

 

J’ai également découvert le 9gag chinois via Weibo, avec des mèmes et tout ça : ils ont exactement les mêmes que nous, c’est assez bizarre.

 

« Hey, comment tu aimes la posture qui donne naissance à l’enfant le plus moche? »
« Je sais pas, quelle méthode ? »
« Vas demander à ta mère »

Je pense que c’est totalement lost in translation, en jouant sur les nombreuses significations de certains mots qui forcent une traduction littérale… à moins ce que l’humour chinois soit vraiment si peu amusant. Qui sait. Au passage, y’a que 4 caractères que je connaissais pas, je suis fier.

« Que fait ta beauté à la porte au dessus des toilettes » (Genre à l’étage au dessus)
« Elle veut sentir son odeur »
Particulièrement difficile à traduire, surtout que visiblement la personne a fait une erreur à un caractère. En plus, c’est pas drôle, et je retrouve une thématique présente dans l’humour chinois un peu pueril parfois.

 

Bon, voilà pour la découverte du web Chinois. Plus à venir peut-être, le temps que je me familiarise avec Weibo, et que je connaisse encore plus de caractères. En tout cas je compte pas investir plus d’effort dans leur humour.

 

Bon, le titre évoquait aussi des pandas, c’est juste qu’on est allé à la « Chengdu Research base of Giant Panda Breeding » qui est le centre où ils s’occupent des pandas. Il s’agit du point d’intérêt majeur de la ville, puisque située dans un des habitats naturels des pandas (enfin, avant que tout soit bétonné et/ou transformé en fermes). C’est aussi là que naissent les pandas qui sont offerts aux autres pays dans la stratégie chinoise de diplomatie du panda, qui consiste à offrir (enfin, prêter à long terme) un panda à un pays pour ouvrir des relations diplomatiques de confiance. Ca ressemble à un cadeau empoisonné (j’vais offrir un bébé saint-bernard ou dobermann à vos enfants, on va voir si nos « relations diplomatiques » s’en verront renforcées ou pas…) mais c’est un acte particulièrement honorifique. La France en a reçu un ou deux récemment d’ailleurs. Bref, une habitude chinoise depuis le VIIème siècle, avec des usages remontant au second millénaire avant notre ère ! (inutile de rappeler à quel point l’histoire chinoise est longue).
Ça reste un acte particulier car en échange, le pays hôte doit verser une somme d’argent assez importante à l’association chinoise des zoos. Encore un truc bien chinois qui essayent de nous croire honorés de leur payer plus de deux millions d’euro.

Bref, pas d’un intérêt transcendent, mais ça fait plaisir de voir des pandas, ces grosses boules de poil qui passent leur temps à dormir et manger.

 

Et sinon, il fait bien froid, surtout que y’a pas de chauffage et que c’est humide. Par contre, dès que y’a un rayon de soleil il fait très bon, et c’est un plaisir de se poser au parc à boire du thé sous le soleil et sans avoir trop froid (enfin, dès que le soleil est couché on se rhabille vite) en plein mois de novembre.

Article un peu plus geek que la moyenne, désolé pour ceux qui en n’ont pas la sensibilité héhé

Voilà-voilà pour cette fois-ci, je retourne perdre mon temps sur Weibo, à plus tout le monde !

C’est quoi le plus bizarre, le chinois ou les chinois ?

嘿!

Bon, ça va faire un peu plus de trois semaines que j’ai pas posté, excusez-moi !

À ma décharge, j’avais mes examens de mi-semestre la semaine dernière, haha-haha. Fausse excuse puisque je n’ai pas réellement révisé, mais quand même obtenu une moyenne plutôt satisfaisante. Le truc, c’est de bosser un peu tous les jours (ce que les profs répètent depuis le collège et qu’on se dit «ouais ouais c’est ça, je travaille 4h la veille et c’est bon»). Mon truc, c’est d’utiliser Anki, un logiciel SRS (Spaced repetition system) pour réviser. Genre 45 minutes par jour sur le vocabulaire que j’ai rentré, et avec le temps, ça rentre tout seul dans le crâne, sans forcer. Genre les mots se colorent selon le ton, ce qui crée une espèce de synesthésie artificielle et hop, 邮局 (yoújú, bureau de poste) est jaune-jaune dans ma tête, donc deux second tons.

Bref, moi qui ai toujours été particulièrement médiocre pour apprendre par cœur des informations brutes (genre des dates… ou le triplet maléfique pinyin/tons – caractère – signification), c’est vraiment révolutionnaire, donc je ne peux que le conseiller aux personnes qui ont besoin d’apprendre une grosse masse d’information sans logique et qui sont prêts à travailler un peu tous les jours. Ça sert pas uniquement pour le Chinois, certains s’en servent pour les études de médecine, ou autres. Astuce : pour dumper des certifications ça peut être très utile aussi, mais chuuut.

 

Bon, sinon je dois revenir sur un des articles que j’ai écrit précédemment, où, en tant qu’occidental inculte et obtus que je suis, j’avais jeté un regard assez hautain et dédaigneux sur la langue chinoise en la taxant de «langue des cavernes».

Il se trouve que je commence au contraire à adorer leur manière de faire le plus possible avec le moins possible de caractères. Ce que je décrivais auparavant comme une langue simpliste et structurellement limitée s’est métamorphosé dans mon esprit en un langage dont l’esthétique nait justement de son minimalisme et de son besoin d’économie, à mon humble avis. La majorité des mots «évolués», c’est à dire que n’importe quelle civilisation a besoin après avoir nommé les objets de la nature en les dessinant plus ou moins, genre montagne 山, ciel 天, main 手, ou eau 水, ils ont été obligés de créer des mots pour des concepts plus évolués (genre bureau de poste, tiens) qui sont une combinaison de deux caractères, soit pour en augmenter le sens par redondance, soit par un jeu de métaphore ou de complémentarité. C’est sur ça que mon regard a changé radicalement, puisque maintenant je vois ça comme un système linguistique assez futé (même si je suis toujours irrité par le fait que la prononciation est difficilement lisible sur les caractères, ce que je considère encore un peu rétrograde, même si je pourrai changer d’avis plus tard sur la question, éventuellement).

Ensuite, certains caractères sont des petites métaphores ou dessins intéressants.

Par exemple, 忘 qui signifie oublier est composé des composants du coeur et de celui de la mort. Ensuite, histoire de vous tenir éveillé (je vous vois là bas au fond de la salle, ça vous intéresse pas ce que je raconte?) je vais évoquer des trucs NSFW (ah, je vois des têtes qui se lèvent!).

Le caractère  (diǎo) signifie… Vous avez deviné, non ? On devine au milieu un pénis avec ses testicules (d’ailleurs c’est le composant qui signifie «petit», pas de mauvaise blague salace sur les attributs masculins des asiatiques je vous prie!) entre deux jambes écartées, donc, disons coït pour rester propre. C’est surtout utilisé en cantonnais en réalité, mais ça reste intéressant.

Dans le même style, il y a 屌 (également diǎo apparemment), ou le composant qui forme une espèce d’orifice, en haut, signifie corps, et qui peut s’utiliser pour dire «fuck you» : 屌你!(je vous laisse comprendre la signification littérale du coup, en vous aidant éventuellement du dessin).

Là où ça devient intéressant, c’est que ces caractères sont pas faisable sur mon ordi, ni sur mon téléphone. (enfin, ça me le propose pas quand je tape le pinyin, donc je dois copier coller comme un idiot depuis Wikipédia) car ça a été simplement «omis» de la table de caractère big5. (D’ailleurs il fait bugguer WordPress donc j’ai été obligé de recourir à cet artifice malpropre qu’est l’insertion de capture d’écran)

Ça me fait directement penser au roman 1984 où le gouvernement contraint le système de pensée de son peuple en modifiant sa langue même (la Novlang). Ici, on veut oublier ce qu’on considèrent comme obscénité, on supprime le caractère. C’est plus difficile de supprimer un mot de la langue française, mais l’anecdote mérite d’être connue… Du coup, ils utilisent un caractère qui a la même prononciation, et certains chinois connaissent pas les originaux.

À noter qu’ils ont ensuite réintégré les caractères (pas partout visiblement ಠ_ಠ), car les policiers se plaignaient de pas pouvoir prendre certaines dépositions…

Il existe aussi un caractère, dans le champ lexical de la pensée, réflexion ou sentiment, qui dessine le travail en concert du coeur et de la tête, mais j’arrive pas à le retrouver, donc oubliez.

Je suis également surpris de voir que malgré la distance qui nous sépare de cette langue, certaines expressions restent en commun, genre ils disent «hey» pour saluer, sauf que ça s’écrit 嘿. Ce caractère est dérivé de 黑 qui signifie noir et qui se prononce hēi (pour préciser la prononciation), précédé du radical 口 qui veut dire que ça a un rapport avec la bouche. C’est comme la particule interrogative 吗 qui est composé de 马 (ma, cheval) pour la prononciation, avec le 口. Sympa, non ? Dans le même ordre, leur «haha» s’écrit 哈哈. Et oui, on y pense pas avec nos alphabets qui se lisent, mais il faut bien des caractères pour les onomatopées.

Niveau grammaire, elle est assez simple, ils utilisent souvent le mot 的 qui se prononce «de» et qui sert à plein de trucs, genre pour l’appartenance, mais aussi en tant que préfixe adjectival. Économie, économie. La grammaire est assez simple d’ailleurs, voire très simple, surtout avec l’absence de conjugaisons ou de temps… Autre exemple, 还是 veut dire « or », « still », « yet » or « no matter how » suivant où il est dans la phrase… plus le contexte.

Ensuite la langue possède également une quantité limitée de syllabes différentes, et chaque caractère est une syllabe. J’évalue le nombre de syllabes à genre 400, soit 1600 combinaisons avec les quatre tons. Et on s’accorde à dire qu’il y a 5000 caractères utilisés fréquemment (avec une fréquence d’utilisation décroissante, genre je connais les 400 plus courants et on les croise vraiment souvent) donc, pour ceux qui suivent, certains caractères se prononcent de la même manière, sachant qu’en plus un caractère peut avoir  deux lectures, peut-être même plus. 行, je te déteste.

Bref, vous l’aurez peut-être compris, la langue est vraiment basée sur le contexte. Un exemple simple et amusant :

«晚上我常常网上。» se lit Wanshang wo changchang wangshang (lisez le à voix haute, vous comprendrez le problème) et signifie «Le soir, je surfe souvent sur internet.» (une phrase presque courante donc, pas besoin d’aller chercher loin.)

Franchement, si quelqu’un dans la rue me dit aléatoirement ça, bien que je connaisse parfaitement tous les mots, hors du contexte ça restera littéralement du chinois pour moi. Alors qu’en anglais, je comprendrais aisément, même si mon anglais était aussi rudimentaire que mon chinois. Notez que le second caractère est le même que le dernier, il change juste radicalement de sens suivant le contexte… Au dessus de quelque chose, supérieur à, plus récent, précédent, monter (genre dans un bus), partir, avancer, entrer sur une scène,  appliquer… Bref, on comprend l’idée générale, et 下 en est le contraire.

Dans la rubrique déroutant, y’a aussi emprunter et prêter qui sont le même verbe. Ça peut paraitre logique, car quand on prête ou emprunte, ça reste un don momentané, on sait la direction du prêt suivant l’ordre des mots. Assez futé aussi, dans le style radin malin en vocabulaire.

Un autre trait intéressant du mandarin (j’écris parfois chinois, si y’a des puristes excusez le flou, je sais que le chinois existe pas :P) est la transcription des noms propres ou concepts dans leur langue.

Par exemple, république se dit 共和国, les deux premiers caractères signifiant «harmonie commune» et le dernier signifie pays, genre 法国 pour la France (le premier caractère signifie loi d’ailleurs).

Ensuite, Bordeaux s’écrit 波尔多et se prononce (Bō’ěrduō). Le premier caractère signifie «vague» et le dernier «beaucoup», ce qui est sensé vu que nous avons l’océan pas loin. Le caractère du milieu n’a pas de signification précise, je pense que c’est uniquement pour la phonétique, on le trouve aussi pour la ville de Séoul par exemple.

Toujours dans le domaine des «déromanisations phonétiques», il y a mon prénom. Ayant la chance relative de posséder un nom présent à l’écrit dès l’ancien testament, j’ai le droit à ma traduction « officielle » en chinois, qui est 西蒙 (Xīméng, ça se prononce de manière étonnement similaire à Simon, c’est un luxe pas possible quand on somnole en cours et qu’on se fait interroger, *humhum*).

Bon, là où ça pique, c’est si on se plie à l’exercice de la traduction littérale. Le premier caractère signifie occident, et le second (qui est d’ailleurs infernal à écrire)… Mongol. Comme le peuple.

Bon, en Chine aucune référence à la maladie génétique, car il faut savoir que les mongols sont assez respectés ici, pas besoin de vous résumer l’histoire de la Chine, qui s’est souvent faite dominer par le peuple Mongol, mais en général évoquer simplement le nom de Genghis Khan rappèle des mauvais souvenirs à certains.

Bon, j’ai toujours pas fini de parler de la langue, j’espère que ça vous intéresse autant que moi.

Il y a aussi des expressions imagées amusantes en chinois, par exemple, quand on mange dans un restaurant bien décoré mais où la nourriture est moyenne, ils disent qu’ils mangent l’environnement. J’ai malheureusement pas eu le temps de relever l’orthographe précise de l’expression.

Également, pas mal d’expressions viennent du folklore chinoise, et dont il est difficile de deviner le sens sans connaître l’histoire ou connaitre le sens.

Par exemple, 马马虎虎 (māmāhhŭhŭ) signifie «bof bof» ou «so-so» en anglais, se traduit littéralement par cheval-cheval-tigre-tigre.

La petite histoire est qu’il y a fort longtemps, un peintre a dessiné (pour des raisons différentes selon les versions) un cheval avec une tête de tigre. Le peintre avait deux fils. Un jour, son cadet demanda à au père de quel animal il s’agissait, et celui-ci répondit que c’était un cheval, tandis que le jour suivant il expliqua à l’aîné qu’il s’agissait d’un tigre. Résultat, le cadet s’est fait tué par un tigre qu’il essaya de monter tandis que l’ainée se fit tuer par le propriétaire (en colère) du cheval illégitimement tué par le fils, pensant qu’il s’agissait d’un tigre. Triste, le peintre rédigea le poème qui suit :

« cheval-tigre, cheval-tigre, tu ressembles à la fois au cheval et au tigre. A cause de toi, mon fils aîné a tué un cheval de son arc, à cause de toi, mon fils cadet s’est fait dévorer par un tigre. Ce dessin d’un cheval-tigre a réduit en cendres ma maison. Puissent les honnêtes gens ne jamais m’imiter ! »

Et pouf, une expression idiomatique.

Autre truc intéressant et assez connu : 杯弓蛇影 (bēi gōng shé yǐng – tasse arc serpent reflet) signifie «trouillard», car c’est un chasseur qui est terrifié par le reflet de son arc dans sa tasse, qu’il prend pour un serpent)

Bref, tout ça pour dire que mon intérêt pour le Mandarin ne décline pas, et que le côté «bouuuh y’a pas beaucoup de caractères» signifie en fait que la langue est très imagée.

En plus, mon niveau commence à être assez bon pour avoir des «connaissances» chinoises qui parlent aussi peu anglais que moi chinois, ce qui m’aide à pratiquer «en pratique». Pour le moment, principalement par Weixin car c’est plus simple, ça permet de bien réfléchir au vocabulaire et tout ça. Et se familiariser avec la langage SMS en chinois, genre écrire 尼 à la place de 呢 (Dieu sait que ça m’a complètement perdu cette histoire !) et pas mettre le sujet des verbes quand c’est sensé être évident. Je dis bien sensé car du coup quand on a pas l’habitude c’est pas facile, surtout que y’a pas de conjugaison pour aider…

Bref, commencer à échanger avec des autochtones, c’est intéressant. Souvent, ceux qui parlent super bien anglais sont trop occidentalisés pour être vraiment intéressants. Enfin bon, je crache pas dessus non plus, c’est déjà bien sympa !

Niveau relation interpersonnelles avec les chinois, c’est pas toujours évident. Déjà, ils sont vexés qu’on les reconnait pas dans la rue, quand on les croise. Je dis pas que tout les chinois sont identiques, c’est qu’une légende urbaine, et en général au cours d’une soirée on se souvient de qui est qui, dans un ensemble de genre 150 chinois, faut juste pas qu’ils changent de vêtements sinon on est plus certain à 100%, j’ai déjà failli sur un piège comme ça. C’est juste que quand on est dans l’océan de chinois on prend pas le temps de tous les regarder un par un, et que l’analyse passive des visages qu’on fait en permanence normalement marche pas vraiment bien dans une foule de chinois.

Au passage, on oublie aussi les noms, quand y’a plus de trois syllabes c’est mort, j’oublie en 30s. Merci à mon ami Dongdong d’avoir un nom aussi simple à retenir au passage, médaille d’or de facilité.

Tant que j’y suis, autant parler des dialectes.

Personne parle vraiment mandarin, sauf «à Beijing où c’en est très très proche». Donc même quand on trouve un chinois, faut qu’il parle mandarin. Ils ont le dialecte du Sichuan, qui diffère surtout sur la prononciation des sh et z , q et tout ces sons là. (ils disent 4 et 10 pratiquement pareil, c’est parfois gênant). Donc quand on rencontre un chinois, faut espérer qu’il parle aussi mandarin. Tous les gens qui sont allés à l’Université parlent mandarin car les cours y sont en mandarin, pareil pour la TV, radio et tout ça qui sont en mandarin. Souvent, les vieux parlent pas bien mandarin donc ça peut être frustrant. Pareil pour le personnel des restaurant qui daignent dire, ne serait-ce que les chiffres, en mandarin. C’est vraiment fatiguant car on dirait qu’ils se foutent de notre gueule… Et quand on répète en mandarin pour voir si on a compris, plutôt que d’infirmer ou confirmer, répètent la même chose en Sichuannais, sans prêter plus d’attention à la prononciation. Bref, on rigole jaune. On peu parfois comprendre le sichuannais, je ne dis pas que c’est aussi différent que l’Allemand et le Français, mais c’est compliqué… Dans ce registre, je suis allé à l’audition de la troupe de théâtre de l’University of Electronic Science and Technology of China avec un ami chinois qui y étudie (je crois en avoir déjà parlé quelque part de cette histoire rocambolesque, mais bon). Lors des auditions, ils repoussent les gens qui parlent pas clairement mandarin (d’ailleurs je peux juger tout seul de ça, yay) puisque le Sichuannais n’a aucune place ailleurs que dans la rue : tout ce qui est artistique et/ou intellectuel se doit d’être en mandarin. C’est pour ça que je disais plus haut que le «chinois» voulait pas dire grand chose puisqu’il y a beaucoup de langues chinoises. D’ailleurs, les chinois font la différence et considèrent ça comme des langues à part, puisqu’ils disent parfois des trucs du genre «Je parle sichuannais, cantonnais, mandarin et anglais». L’alphabet reste partout le même au passage, vous l’avez compris. Ça pose parfois des problèmes dans les chantiers, genre celui du colossal barrage des Trois Gorges puisque les centaines de milliers de travailleurs affluants de toute la Chine ne partageaient pas la même langue… pratique pour travailler. Il faut préciser que l’histoire de la Chine est assez longue, contrairement aux pays européens qui existent depuis des siècles de manière à peu près précise. Par exemple l’Angleterre, la France ou l’Allemagne (sous ses différents noms), si on s’attache aux peuples qui y vivent, forment une entité reconnaissable depuis plusieurs siècles, alors que la Chine a souvent été découpée, recollée, divisée, fusionnée, envahie et tout ça, d’où la multitude de langages. Je simplifie au possible l’histoire de la Chine, désolé, c’est pour donner l’idée du truc. D’ailleurs, leur langage en pictogramme indépendants de la prononciation a probablement aidé la gouvernance centralisée d’un si grand territoire, puisque l’écrit est quasiment universel car indépendant du parlé, qui évolue différemment suivant les régions d’un empire si grand. Donc les ordres pouvaient être facilement répartis sur toute la Chine.

Bref, au final, on trouve toujours des jeunes qui parlent mandarin. Par contre, les chinois sont perfides, certains font genre pas comprendre notre mandarin pour pouvoir pratiquer leur anglais. Ce qui donne des situations burlesques où un de mes amis américain parle chinois (très bien d’ailleurs)  avec un vieux balayeur de rue (qui nous propose de trinquer du baijiu avec lui à la sortie des bars, en plein milieu de la nuit) qui comprend visiblement mieux le mandarin (alors que c’est visiblement pas le genre de personne qui est allé à l’université et tout ça) qu’un ami chinois parfaitement éduqué, qui préfère surtout parler anglais car ça fait plus «in» vu que personne d’autre le parle. Ils adorent être vus avec des occidentaux. Bref, un exemple de comportement des chinois qui sont difficilement capables de couper la poire en deux pour contenter tout le monde D’où le «il faut aller dans des endroits où les chinois parlent pas anglais pour pratiquer.»

Toujours dans les relations avec les chinois, ils ont leur humour pas drôle. Genre les filles qui évoquent sur le ton de l’humour un hypothétique mariage avec elles (plusieurs personnes m’ont rapporté ça) si on est un peu sympa avec. À répétition. Y’a plein d’autres exemples, mais je les retrouve pas là. On se demande souvent «Mais, il/elle plaisante là ou pas ?».

À l’opposé, à cause de leur culte de la face (si je commence à parler de ça je suis pas couché et cet article sera bien plus indigeste que du riz à tout les repas) il faut pas utiliser l’humour un peu français à base de crasses et de piques sur notre interlocuteur. Ça les vexe grandement, même si on essaye de rattraper le coup (des fois ça part tout seul) en  se confondant en excuses… Pareil pour l’humour noir ou un peu offensant qui les met parfois mal à l’aise. On s’y fait, on s’y fait.

Dans le registre humour-que-les-chinois-captent-pas, j’ai sorti la blague suivante à un chinois qui n’a pas compris le rapport, puisque leurs cours d’histoire ont l’air de négliger certains aspects historiques :

Pourquoi était-il interdit d’arroser les plantes d’intérieur en URSS ? Car ça fait rouiller les micros.

Deux autres trucs : ne jamais faire attendre un chinois, genre être en retard (sinon ça veut dire qu’on considère que son temps est moins important que le notre) et c’est très technique de décliner une invitation poliment…

Après, bien souvent, les chinois qui ont un bon niveau d’anglais sont littéralement gavés de culture américaine et tout ça, donc on les considère rapidement plus comme des amis étrangers que des amis chinois et on les prend pas avec des pincettes.

Et sinon, moi ça va, je suis toujours bien heureux d’être ici, j’ai toujours pas le mal du pays (sauf la moutarde, le fromage, le vin et les matelas qui sont pas durs comme du béton peut-être…). Faut juste pas qu’on me parle de raclette, tartiflette, fondue et tout ça, avec le vin qui va avec et ça passe.

Voilà-voilà, 拜拜!

(Ça se prononce bye-bye et ça veut dire au revoir, c’est comme le point d’interrogation, je me demande d’où ils ont ça en chinois…)

PS : une poignée de photos quand même.

Oups, j’ai oublié un article.

Bon, je sais que j’ai oublié de faire un article la semaine dernière et la semaine d’avant, mais bon, semaine de vacances peu excitante donc bon, pas de matière à ça. Et comme c’était les vacances, j’étais fatigué de rien faire le dimanche soir, haha.

Donc, deux semaines sans intérêt particulier. Enfin si, disons « monotonement » intéressante, donc pas de quoi faire un article. Par contre, j’ai des idées d’article à écrire, faudrait que je les pré-prépare pour le publier lors des semaines vides…

Bref, passons à la Chine.

Ce week-end, visite de Dujiangyan, le mieux est que je vous laisse regarder les photos que j’ai prises, les commentaires contiennent tout ce que j’ai à dire (c’est un honteux doublon de Facebook, si vous les y avez déjà vues, ne vous embêtez pas.)

La traversée de la campagne était toute aussi intéressante, mais j’ai pas pris de photos donc j’en parle. Déjà, j’ai été étonné par la qualité des infrastructures routières, on sent que la peinture est fraiche, mais c’est très propre (le terre-plan central de l’autoroute était balayé par un agent au beau milieu de nulle part, les buissons taillés au millimètre…) et très moderne, on aurait pu se croire en Europe. Elles sont payantes, comme en France par ailleurs. Une voix de train rapide, montée sur viaduc, suivait d’ailleurs l’autoroute, et j’ai pu voir passer une de leurs espèces de train rapide qui est un clone entre le TGV et les trains japonais aérodynamiques. Il s’agit d’une ligne à vitesse moyenne, 250km/h. Flambant neuf, d’un blanc immaculé. Le réseau ferroviaire grande vitesse de Chine est le plus vaste au monde. C’est assez impressionnant de penser qu’ils ont sorti ce réseau en quelques années, à l’échelle de tout le pays… bel exemple de la puissance de feu Chinoise. Chengdu est assez excentrée de ce réseau, qui est principalement sur les côtes, et c’est assez dommage. On peut aller à Chongqing à grande vitesse, mais pas plus loin sans passer par une ligne conventionnelle  Je vous rappèle que je suis à environ 1500km des cotes… En revanche, une camarade de classe a emprunté un train normal la semaine dernière, et ils sont horriblement inconfortables. Ils sont entassés, de l’urine sur le sol, sièges durs, extrème promiscuité… Il doit y avoir un fossé entre les vieux trains et les TGVs sortis des usines le mois dernier.

 

 

Bon, vu que je manque de contenu, je vais en profiter pour répondre à une question que j’ai souvent : «Ont-il vraiment des claviers avec 5000 touches, une par caractère ?»

Il y a en fait plusieurs moyens de «taper» des caractères chinois. Le plus simple, c’est de taper le mot en pinyin (transcription phonétique du mandarin), par exemple « ling » et le système d’exploitation (que ce soit sur téléphone ou ordinateur) nous propose les caractères qui ont cette prononciation. Le truc est assez intelligent, il nous propose souvent en priorité ce qu’on veut (il a l’air de faire en fonction des mots déjà entrées) mais parfois il faut chercher celui qu’on veut, et ça prend du temps car c’est, pour certains, compliqué de les reconnaitre quand on les a vu uniquement manuscrits ou avec une autre police. Plus le fait qu’un écran normal n’a pas une définition confortable pour certains caractères denses, qui deviennent illisibles… enfin, pour un oeil non averti comme le mien !

Une autre méthode est le dessin sur l’écran tactile ou le trackpad, pratique quand on connait pas le pinyin d’un caractère, par exemple dans la rue, sur les menus, etc. Mais il faut parfois s’y reprendre plusieurs fois, car les caractères n’ont qu’un seul ordre correct de traçage, dont on apprend petit à petit les règles. Mais par contre, il faut avouer que le truc détecte parfois miraculeusement ce à quoi on pensait vraiment, alors que ça ressemble à rien :


Une dernière méthode, que j’ai jamais vu utilisée, est une espèce de matrice de traits, et on sélectionne les traits dans l’ordre de traçage. Il y a qu’une dizaine ou une vingtaine de traits différents en Chinois, donc à partir de l’ordre de traçage des différents traits, la machine reconnait celui auquel on pense. Cette dernière méthode me parait inutilement fastidieuse, d’ailleurs je ne l’ai jamais vue utilisée, la prépondérante est celle avec le pinyin. C’est peut être le manque d’habitude, mais taper 你好吗? m’a bien pris une vingtaine de secondes. J’ai vu des claviers physiques comme ça. (c’était en qwerty plus les traits sur certaines touches si mes souvenirs sont bons)

 

Bon, j’ai aussi envie de parler du calendrier chinois, car on l’a abordé rapidement en classe et j’ai trouvé ça intéressant.

Ne vous êtes vous jamais demandé pourquoi la date du nouvel an chinois changeait d’une année à l’autre ?

Le calendrier Chinois est basé à la fois sur la lune et sur le soleil (notre calendrier est uniquement basé sur le soleil car les mois sont indépendants des phases de la lune) et a été créé entre 1500 et 800 avant notre ère…  À ma connaissance, c’est un des plus vieux utilisé encore à grande échelle.

Rappels : une lunaison dure environ 29,5 jours, et une révolution de la terre autour du soleil dure un an (environ 364,25 jours).

J’ai pas besoin d’expliciter les calculs pour montrer que 365,25 n’est pas vraiment divisible par 29,5 et 12*29,5=354 et 13*29,5=383,5, bref, ça fait pas une année. Or, comme je disais, contrairement à notre calendrier, la lune prend une place aussi importante que le soleil, puisque chaque mois est une lunaison. Donc, certaines années sont bissextiles, il rajoutent donc carrément un mois tous les deux ou trois ans, et il est ainsi possible de naitre le second juillet de l’année. Bonjour le calcul des anniversaires. Les années sont ainsi soit plus longues soit plus courtes que celles de notre calendrier, d’où la date du nouvel an qui tombe pas à date fixe. Amusant, non ?

 

Le calendrier est en fait bien plus complexe à cause des progrès en astronomie faits par les chinois au XVIIème siècle. Par exemple, il n’est pas possible de doubler n’importe quel mois, il doublent rarement ceux aux extrémités de l’année puisque la vitesse de révolution de la terre autour du soleil n’est pas constante au fil de l’année. En effet, la trajectoire de révolution de la terre sur le plan écliptique n’est pas circulaire mais elliptique, par conséquent elle se «déplace» plus rapidement en hiver puisque la distance terre-soleil est inférieure. Vous suivez? La vitesse de révolution de la lune est elle constante, d’où la nécessité de placer les mois intercalaires vers l’été, pour éviter les décalages.

Au passage, les mois de l’année s’appèlent simplement lune un, lune deux, lune trois et ainsi jusqu’à lune douze. Encore une marque de pragmatisme dans la langue chinoise. D’ailleurs, les jours de la semaine s’appèlent semaine 1, semaine 2

Bien sûr, ils utilisent officiellement «notre» calendrier depuis 1912, mais toutes les fêtes sont toujours calées sur l’ancien calendrier… et ils n’ont pas l’air de fêter notre premier de l’an, à en croire nos dates de partiels qui tombent entre le 31 décembre et le 3 janvier. Je suspecte une petite crasse pour taquiner les étrangers haha.

 

Je voudrais évoquer une dernière chose tant que je suis en train de rédiger. Lundi, j’ai, disons, frauduleusement assisté (un élève chinois m’y a invité…) à un des cours de propagande dispensé à la fac. Ces cours sont totalement obligatoires, et très avantageusement placés le lundi soir de 20h à 22h. Le cours était en Chinois et j’étais uniquement là pour tenir compagnie à mon camarade chinois donc j’ai plus passé mon temps à faire mes exercices qu’écouter. À un moment, la classe a rigolé, et devant mon regard interrogateur («what’s so funny?») je me suis fait expliquer que la prof racontait que les non chinois avait moins bien évolué d’un point de vue Darwinien. Oui, ça fait visiblement partie du cours de nationalisme. Au programme du cours également, des petits films historiques que je regrette ne pas être en mesure de comprendre, car vu la bande sonore façon cœurs de l’armée rouge, ça devait être d’une neutralité politique à rendre verts de jalousie nos voisins Helvètes. La séance se fini par une petite rédaction dont le sujet était un truc genre «Faut-il se retenir d’être soit pour maintenir l’harmonie de la société» mais il semblerait que la rédaction soit bidon et serve uniquement à savoir qui est présent.

Je vais quand même vous redonner espoir. La plupart des gens en ont rien à faire de ce cours. L’écrasante majorité des gens écoutaient pas. Écouteurs, iPad, téléphones, livres divers, autres devoirs… Je pense que même la prof ne mettait aucun cœur dans ce cours, c’est juste une relique communiste totalement obsolète en 2012…

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui !

Say lay vacances :)

Comme je l’expliquais rapidement, cette semaine est fériée en raison de la fête nationale. En effet, il y a 63 ans, le premier octobre 1949, Mao proclamait la naissance de la république populaire de Chine, sur la très fameuse Place Tian’anmen. Pour fêter cela comme il se doit, la semaine est entièrement chaumée. Quoi, une semaine de congés pour la fête nationale ? Il faut savoir qu’en vérité les chinois ont très peu de vacances (fête nationale et nouvel an uniquement soit environ vingt jours de congés par an). En revanche, nous avons dû travailler samedi dernier pour avoir la semaine complète. En effet, le gouvernement a utilisé cet artifice afin que les gens aient huit jours consécutifs et partent en vacances et dépensent leur argent, afin de soutenir la consommation. Les vacances qui relancent l’économie, c’est facile en Chine puisque les gens dépensent leur argent dans des produits fabriqués en Chine… et voyagent relativement peu hors du pays.

Et ça a l’air de marcher, car j’ai passé une bonne partie de ma journée à visiter le parc du peuple (人民公园 pour les intimes) avant de passer Tianfu Square et j’ai reconnu pas mal de «paysans» (C’est un chinois qui confirmait mes convictions qui a usé de ce terme à connotation péjorative, c’est pas moi, hein !) qui venaient visiter cette capitale de la Chine continentale et prenaient tout ce qui bougeait en photo, pire que moi quoi. Fête nationale, donc y’avait pas mal d’enfants qui se baladaient avec un petit drapeau Chinois, j’ai fait mon enfant je m’en suis acheté un qui trône à présent dans ma chambre :)

Pas mal de tout petits commerces sont fermés, donc on peut imaginer que même les classes «moyennes moins» peuvent même prendre le temps de voyager un petit peu, ou de se reposer.
En tout cas, foule au parc, et foule à Tianfu Square, avec encore plus de policiers et de drapeaux rouges que d’habitude, et j’ai pas tardé à ranger mon petit drapeau à force d’être dévisagé par les paysans qui devaient se demander ce que faisait un laowai avec ça à la main :P

Par ailleurs, hier c’était la fête de la lune, ou fête de la mi automne. La tradition est de manger des gâteaux de lune (月餅 yuè bǐng), qui sont des petits gâteaux ronds avec une garniture bizarre, que je suppose être des haricots concassés avec un jaune d’œuf entier. Le goût est particulier, certains en raffolent, je n’en suis pas friand. Notre professeur nous a expliqué d’où venait la tradition, mais l’histoire est si rocambolesque je suis incapable de vous la raconter, d’autant plus qu’il semblerait que ce festival tire ses sources d’un grand nombre de traditions et de légendes suivant les régions… Toujours est-il qu’en pratique, les chinois envoient des lanternes dans le ciel (chaleur, densité, poussée d’Archimède et tout ça) en pensant à un vœu en espérant qu’il se réalise. Parallèlement, ils lâchent sur la rivière des fleurs en papier avec une bougie dessus à la mémoire des morts. (il s’agit originellement d’une fleurs de lotus, mais j’imagine les problèmes logistiques auquel ils ont été confrontés pour fournir des centaines de millions de chinois en vrais fleurs de lotus avant de passer aux clones en papier).
Bref, une soirée très sympathique, les gens de bonne humeur (premier jour de vacances depuis février pour eux surtout, ça aide je pense) et j’ai pu voir quelques traditions en pratique.

Dans un tout autre registre, j’ai eu le plaisir de discuter avec un étudiant chinois normal, pas un de ceux qui vivent dans un chouette appartement près de la fac et qui manquent pas d’argent, juste un chinois moyen. D’après ce que j’ai compris, il étudie le Français (car c’est autrement plus «chic» et élitiste que l’anglais d’après lui) ainsi que le stylisme, l’histoire de la Chine et le Maoïsme. Je vois pas trop la cohérence stylisme-maoïsme mais bon, d’accord. Il travaille beaucoup, car il doit avoir uniquement des notes supérieures à 80% (pas une seule sous le seuil) s’il veut pouvoir aller étudier en France dans deux ans, son plus grand rêve. Il a cours sept jours par semaine, tout le temps. Un dortoir est à sa disposition dans l’université, mais ils sont horribles. Pas de lumière (je suis pas même convaincu qu’ils ont de l’électricité à l’entendre), à quatre dans une chambre, dans une odeur nauséabonde puisqu’il est tombé avec des campagnards qui ne se douchent jamais. D’ailleurs, les douches sont dans un bâtiment à part, où ils doivent attendre pendant parfois 45 minutes à l’extérieur (ça doit être sympa en hiver) et où ils ont très peu d’intimité. Il a la chance de ne pas devoir y dormir fréquemment puisque ses parents habitent pas trop loin, mais tous n’ont pas cette chance. J’ai demandé à visiter, mais c’est interdit aux étrangers et tout le temps gardé (et hommes et femmes dans des bâtiments séparés bien sûr).

Au passage, j’ai vu son livre de cours de Français, ils étudient des textes de la constitution française qui me paraît même pas au niveau de certains français natifs, et ce après seulement deux ans de Français. Je lui ai expliqué comment marchait notre régime semi présidentiel, avec son parlement et son sénat, j’ai eu droit au regard interloqué. Pas car il ne comprenait rien, mais car ça lui paraissait totalement étranger. Ils s’intéressent très peu à la politique, puisqu’ils savent qu’ils ne peuvent rien y changer, et que la corruption est endémique. Dans le registre découverte du monde, il s’est étonné que tous les occidentaux utilisaient allègrement Facebook, Twitter Facebook et tout ça en Chine, il pensait que c’était complètement impossible. Pour conclure, j’ai cru qu’il allait tomber dans les pommes quand je lui ai montré une carte du monde avec Taïwan de couleur différente, et la page Wikipédia française de la République de Chine. (rien d’illégal à mon avis puisque c’est pas censuré par le Grand Pare-Feu de Chine héhé) «Ah, c’est pour ça qu’il faut un visa spécial pour aller à Taïwan ?!» Baaaaah, oui. Il m’a demandé pour le Tibet, j’ai répondu chinois car c’est beaucoup plus compliqué, et pour pas trop le choquer non plus.

Là j’étais qu’à sa vie d’étudiant, mais après c’est pas chouette non plus. À cause de la politique de l’enfant unique,il est le seul espoir de ses parents, qui l’enjoignent donc à réussir sa vie, puisqu’il devra les assumer financièrement, avec ses grands parents, et faire un enfant pour pas que la famille s’éteigne. S’il ne trouve pas de femme avant environ trente ans, ses parents lui en trouvent une et le marient afin qu’il puisse avoir le sacro-saint enfant. Il y a apparemment pas mal de couples qui s’aiment pas et ne se sont jamais aimés dans ce cas là. Plus qu’en France j’entends :P
Il m’a aussi expliqué que faire des rencontres amoureuses était principalement assujetti à l’argent. Ils utilisent des applications sur les smartphones (que pour les riches donc) pour faire des rencontres géographiques (c’est super bien foutu d’ailleurs) et vont dans les bars où le prix prohibitif des consommations éloignent les moins riches. Donc les plus riches pourront facilement trouver une femme par eux-même avant trente ans, alors que les plus pauvres seront condamnés au mariage tacitement forcé.
Pour étayer mes propos, je dois ajouter qu’il est sans cesse surveillé par ses parents (pas loin d’un appel par heure, qui fixent un couvre-feu alors qu’il a vingt ans). Enfant unique, famille traditionnelle… La tradition est à la Chine ce que la religion est à l’occident, même si j’ai du mal à comprendre le mécanisme de reproduction de la tradition qui n’a pourtant pas de livre sacré ou de lieu de cultes comme chez nous, mais qui paraît tout aussi vouée à s’effacer graduellement quand on voit la vitesse à laquelle la Chine change. D’ailleurs, il m’a dit qu’on disait que la Chine changeait, mais que pour lui tout serait pareil, travail, famille, enfant et c’est tout. Le changement c’est maintenant, mais pas pour tout le monde. Voilà pourquoi il rêve de venir en France, où il pourrait vivre sans toutes les pressions d’ici. Ça lui parait fou qu’on voit la Chine comme un eldorado, alors que pour lui c’est le contraire.

Bref, ça fait se rendre compte qu’on est finalement très heureux en France, et que la Chine est l’enfer pour les Chinois. Combien de fois n’ai-je pas entendu «C’est mal vu pour les chinois, mais tu est un étranger, donc tu peux tout faire» au cours de la discussion.

J’ai appris tellement de choses que j’arrive pas à tout retrouver, peut-être dans un prochain article !
Voilà pour aujourd’hui, je vous laisse à présent en compagnie des quelques photos que je me suis forcé à prendre pour vous :P
(Et j’avais promis l’article hier, mais je me suis endormi à la moitié de la rédaction de celui-ci…)

Petit retard.

Mes chers lecteurs que j’adore,

Cette semaine c’est la fête nationale, donc j’ai huit jours de vacances. (Ils font pas les fêtes nationales à moitié.) Donc ce soir, j’ai des trucs à faire dehors (comme déguster non sans grimace ces bières chinoises qui sont aussi légères que acres, ou ces contrefaçons d’alcool toutes aussi diluées) puisque demain est chômé. Vous voyez où je veux en venir ? Donc pas d’article intéressant ce soir, désolééé. Oui, ça prend presque une heure à écrire !

Donc, petit trailer pour l’article qui arrivera demain : j’ai discuté avec un étudiant chinois issu de la classe moyenne moyenne du milieu donc je vais pouvoir vous raconter comment eux voient la Chine in vivo.

Et il a fait beau aujourd’hui, la sensation du rayon de soleil s’échouant sur la nuque, j’avais oublié ça après deux semaines de brouillard.

Enfin, si vous avez des questions à traiter dans un prochain billet, faites m’en part, ça peut-être intéressant.

再见!

La Chine comme elle est.

Bon, ça quatre semaines que je suis là. Quasiment un mois.

Je dois dire que l’excitation initiale est retombée, je commence à voir la Chine comme elle est. C’est le bordel partout (car tout bouge trop vite) les gens sont mals polis (enfin, ils sont pas les mêmes critères de politesse que nous, ici cracher est normal, et la le fort trafic piéton dans les rues fait que quand on percute quelqu’un, y’a pas de pardon), c’est bruyant et pollué (normal, plus de 10 millions d’habitant dans la même ville).

Sans parler de la taxe lǎowài. La taxe lǎowài (ça veut dire étranger, on l’entend plusieurs fois par semaine quand on marche dans la rue, sympa), c’est quand on est blanc, tout est plus cher. La première fois que j’ai mangé dans un restau, j’ai payé 23, la seconde 17, maintenant je paye 15. Une brioche a couté 2 yuan à une amie, contre 1 pour moi qui y vais tous les jours. Pareil, quand elle va dans un autre marchand de tabac, c’est plus cher. Bon, on parle d’une surtaxe de 10ct d’euro, mais ça fait quand même 100% sur certains produits. Pareil, le prix des mántou est inférieur si on les achète avec un Chinois. C’est du délire, vivement que je puisse parler chinois plus couramment.Bien sûr, ça arrive pas toujours, me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, la majorité des commerçants reste honnête !

Faudrait que je vous fasse un tableau récapitulant le prix des denrées de base, pour vous donner une idée du prix de la vie.

Plusieurs hypothèses. Soit le prix évolue suivant l’heure. Soit les prix d’achats changent au jour le jour, soit leur culture athée modifie leur rapport à la morale et tout ça. Cette dernière hypothèse est foireuse, mais il serait intéressant de se pencher sur le sujet de la nécessité des religion quant à l’établissement d’un système de valeurs morales. Un philosophe s’était intéressé à la Chine pour ça, mais je sais plus qui c’était et j’ai oublié ses conclusions et ma requête est trop nébuleuse pour Baidu Google.

Bref, c’est une étape importante de l’immersion culturelle à laquelle je suis confrontée, mais je suis toujours aussi content d’être ici. Quand je me balade, j’ai toujours la pensée « J’ai trop de chance, je suis en Chine ! EN CHINE NOM DE DIEU » donc ça va plutôt bien. Et nous sommes bien entourés, vu que les gens qui viennent en Chine sont généralement déjà de base ouverts d’esprit (je dis pas ça pour ceux qui me lisent, hein), et que les chinois que nous rencontrons sont anglophones donc lettrés donc souvent assez ouverts. (du coup ça nous donne une image faussée de leur société, mais bon)(j’ai pas dit que les gens qui savent pas parler anglais sont pas ouverts non plus :P).

Pour revenir à M. Raffarin que j’ai évoqué dans mon billet précédent, il nous a fait un joli discours aussi lyophilisée que neutralement prosélyte. Mais bon, on se croyait comme à la maison avec tout ces français, de la nourriture Française vraiment excellente (et mes camarades partis depuis plusieurs mois de notre chère patrie ont su l’apprécier goulument) et l’honneur d’avoir vu Raffarin, qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas ! Plus quelques rencontres intéressantes, du studio de jeu-vidéo qui ouvre à Chengdu, ou le Monsieur qui ouvre une usine de recyclage de panneaux solaires. Puis on a quand même pu rentrer dans le Shangri-La quoi. Au passage, pour continuer sur ma critique du manque de perfectionnisme du travail chinois, où même si c’est super luxueux (on était dans la salle de réception tout en haut) on peut remarquer certaines finitions plus proches du bricolage, par exemple les trous carrés coupés à la scie circulaire dans le plafond pour faire passer des spots ronds. Enfin bon, c’est qu’un détail.

Sinon, quoi dire de plus. Mon chinois s’améliore lentement, sauf à l’oral. J’ai essayé de commander du thé chinois vert, j’ai dû l’écrire en chinois pour me faire clairement comprendre… Mais bon, Rome ne s’est pas faite en un jour.

Bon, article court et peu (formule « Mon cher journal… ») mais pour ma défense, j’ai déjà écrit un article cette semaine !

 

 

La tension sino-japonaise, exemple du nationalisme chinois.

Vous avez sans doute eu vent des frictions entre la Chine et le Japon à propos des îles Senkaku/Diaoyu. Ce sont une poignée de petits cailloux au nord de Taïwan (no troll svp) appartenant à des ressortissants japonais mais revendiquées par la Chine. La problématique n’est pas réellement ces quelques cailloux en mer de Chine, mais les ressources dans les eaux à proximité. Le Japon veut nationaliser ces iles (en les rachetant aux actuels propriétaires nippons) afin de récupérer la zone d’influence qui va avec, ce dont la Chine ne veut pas entendre parler.

La semaine dernière, il y avait à Tianfu Square, la place centrale de Chengdu, des chinois piétinant le drapeau Japonais. Selon un camarade qui y était, il semblerait plutôt qu’il s’agisse d’agitateurs en civils, probablement en lien avec l’état, qui allaient  tirer les passants dans la foule à proximité afin qu’ils piétinent également le drapeau. Sous la contrainte, donc, et on m’a rapporté que les chinois était pas franchement enthousiaste et se sentaient plutôt forcés. On sait jamais qui surveille.

Depuis, plus de nouvelles de cette histoire. Jusqu’à aujourd’hui. En effet, nous sommes le 18 septembre, soit l’anniversaire de l’incident de Moukden, en 1931, prélude de l’invasion japonaise en Mandchourie. (Franchement je le savais pas avant aujourd’hui, hein)
Bref, le sentiment anti-japonais est à son paroxysme, d’où l’explosion de violence. Toute la Chine s’est emparée du phénomène et on a vent partout de manifestations contre le Japon, avec des ambassades assiégées, des voitures japonaises brulées, des magasins vandalisés, etc.

Bien évidemment, le gouvernement est derrière cela. Tout à l’heure en mangeant, la TV du restaurant était sur CCTV (Chaine d’état) montrant des images des guerres contre le Japon. C’est du chinois pour moi, mais je reconnaissais le mot « japon » et « japonais » donc pas d’illusion sur le contenu du documentaire.

Nous avons donc eu droit aujourd’hui au sirènes style DCA qui ont sonné plusieurs fois, soit pour la commémoration de l’anniversaire, soit pour mettre la pression sur la population en lui rappelant ce qu’il se passe. Le Japon est à mille ou deux mille kilomètres d’ici, nul doute qu’aucun avion japonais, quand bien même ils en auraient un escadron suffisamment armé, arrive jusqu’ici sans avoir eu plusieurs le temps de se faire réduire en fine pluie de cendre.

Plus à mon échelle, j’ai pu constater un certain malaise des japonais de la classe, tandis qu’un camarade thaïlandais m’a rapporté s’être fait demander sa nationalité par le chauffeur de taxi, refusant de le prendre pensant qu’il était japonais. (Par chance, décliner notre nationalité fait partie des phrases qu’on nous a enseigné à l’université! ). Il m’a aussi rapporté avoir vu des gardes armés autour des supermarchés japonais. Armée ou police, je l’ignore. Par ailleurs, la circulation en centre-ville était encore plus congestionnée qu’habituellement selon un autre camarade, peut-être à cause de manifestations. Sachant qu’il y a également le procès du célèbre Wang Lijun, dans l’affaire autour du néo-maoïste Bo Xilai, tombé à Chongqing pour des scandales relatés à la corruption (mais en réalité simplement un funeste jeu de pouvoir au sein du PCC). Autre exemple, @ChezWam qui est à Nankin m’a fait remarqué que la page d’accueil de Baidu (le Google chinois) affichait un logo assez nationaliste, jugez.

 

Bref, tout ça pour dire que c’est intéressant de vivre ça vu de Chine. Ça devrait sans doute se calmer au cours des prochains jours. Une des issues possible, lue dans la presse est que la Chine envoie une grosse flottille récupérer la souveraineté de facto, probablement sans heurts puisque le Japon n’oserait pas se défendre. (rappelons que son armée est rachitique, héritage de sa défaite de 45)(Précision de @ChezWam dans les commentaires : seule la composante résolument défensive de se flotte est rachitique, elle est aussi imposante que moderne en terme de tonnage, c.f. son commentaire). Sachant qu’ils demandent aussi la souveraineté de certaines îles à la Corée de l’autre côté, qu’ils seraient donc prêts à faire des sacrifices.
Les médias Chinois et Japonais rapportent dores et déjà que la Chine a envoyé un millier de bateaux de pèche autour des îles, histoire de dire « SALUT ICI C’EST CHEZ MOI »…

Tout cela tombe à pic (« tombe » « à pic ») pour le gouvernement qui souhaite probablement détourner le regard de la population sur l’épineuse transition à du PCC (et du contrôle de la république POPULAIRE de Chine bien évidemment) et ses complexes jeux de pouvoirs entre plusieurs mouvances internes… C’est assez intéressant la politique Chinoise, et les luttes de pouvoir à l’intérieur de l’UMP c’est le monde des bizounours à côté ><‘

En attendant, la bourse de Tokyo a descendu, sachant qu’ils ont était contraints, par sécurité, d’arrêter certaines de leurs usines en Chine…

Voilà, petit article de culture, je suis pas géopoliticien donc j’espère que mon résumé n’est pas erroné d’approximations :P

Rien à voir, mais jeudi nous sommes invités à un buffet Français par le consulat de France à un des plus luxueux hôtel de la ville, en l’honneur de Jean-Pierre Raffarin qui est en visite à Chengdu :)
Que la route soit droite et la pente forte ou pas, j’espère qu’il y aura du fromage !

Et sinon, il fait soleil des fois ?

Déjà trois semaines. Vu la richesse des journées, j’ai l’impression que ça fait des mois.
Bon, je sais pas de quoi parler, donc je vais aborder quelques sujets au hasard.

J’ai envie de disserter sur le traitement des ordures. C’est idiot, non ?
On voit pas d’éboueurs en Chine. En fait, tout le monde peut être éboueur ; les poubelles sont fouillées par des particuliers qui récupèrent les bouteilles, pour les revendre. Peut-être que c’est l’état qui les collecte, je sais pas. Si vous marchez avec une bouteille vide à la main dans la rue, il ne faut pas être surpris de se la voir demandée. Il y a une véritable économie autour des bouteilles, et dans une moindre mesure, du carton. C’est pas bête, ça fait une chose de moins à traiter, et ça fait vivre des gens. Dans des conditions bien plus horribles que des vrais éboueurs fonctionnaires…

J’passe quand même pas mal de temps en cours, donc j’vais évoquer un peu la langue Chinoise. La langue chinoise, c’est le langage des hommes des cavernes.
Pas de conjugaison, vocabulaire de base limité, pas ou peu de politesse, etc. Quand on y pense, l’alphabet en idéogramme lui-même reste un concept assez basique qui offre finalement une palette limitée de vocabulaire. Bruine ou crachin se disent simplement petite pluie. École primaire se dit «petite école» et université «grande école». Et encore, je suis sympa, je fais l’accord du genre en Français, notion inexistante en Chinois. Il n’y a pas de conjugaison, il suffit de placer «hier» ou «demain» dans la phrase, ça suffit. Les jours de la semaine se disent «semaine 1» «semaine 2» jusqu’à «semaine 7». Difficile de faire plus pragmatique. Le système de comptage est aussi simple : deux cent soixante-dix-huit se dit deux cent six dix huit. Demander le coût d’un kilo de pomme c’est simplement «pomme kilo beaucoup peu argent».

L’écriture par contre est vraiment intéressante à conceptualiser, toute en métaphore. Par exemple, ciel s’écrit 天, dérivé de 大, qui signifie grand. Car rien n’est plus grand que le ciel, d’où la barre.
Semaine s’écrit 星期. Le premier caractère contient l’espèce de petit carré 日qui vient d’un dessin du soleil (à ne pas confondre avec 曰 qui signifie «dire», et qui vient de 口 qui veut dire «bouche») au dessus de 生 qui veut dire étudiant, mais surtout «donner naissance à» donc le premier caractère signifie naissance du soleil. Le second contient 月, qui vient d’un dessin de la lune, et qui signifie mois, ainsi que l’autre partie que j’arrive pas à dessiner qui donne une idée de période. Tout ça pour dire qu’une partie des caractères est une combinaison de symboles donnant une signification plus ou moins proche du sens véritable du mot. Autre exemple, 喝 et 吃 (boire et manger) contiennent des 口, dont le sens ne vous aura pas échappé si vous avez suivi la leçon du jour* :P

J’ai pas pris de photo cette semaine, il fait vraiment pas beau, j’ai pas envie que vous voyez ça. Une petite pluie fine permanente, des parapluies à foison dans la rue, et le brouillard. C’est la pire chose dans la vie courante à Chengdu. Ce qui est curieux, c’est que les caniveaux sont inondés, et tout est ultra glissant. Ils savent très bien qu’ils ont un temps humide, mais ils mettent quand même des revêtements lisses dangereusement glissants. Bien chinois, tiens. J’parle même pas du fait que ça fait trois jours que j’attends que mes vêtements sèchent…

Encore un article écrit sur le pouce, histoire de donner des nouvelles, désolé ! Pourtant y’a tant de choses à raconter, genre les discussions bourré à propos de la démocratie et tout ça avec des étudiants chinois tout aussi éméchés, qui se concluent par une espèce de «…but I’ve talked too much.»

Une autre fois, peut-être :)

*Ça veut dire bouche, bande de cancres ಠ_ಠ

Vu l’heure, peu de relecture, si vous voyez des fautes, envoyez-moi vos réclamations par voie postale, SI VOUS OSEZ. (En plus j’ai pas mon adresse, c’est du chinois quoi…)

Première semaine de cours.

Première semaine à L’université du Sichuan.

Ne vous inquiétez pas, mon immeuble n’a pas été rasé par le séisme dont vous avez peut-être entendu parler. C’est au sud de Chengdu, quelques personnes l’ont ressenti ici, moi pas. En vérité, c’est seulement la première semaine de cours, assez dense, d’où mon manque d’assiduité.
En effet, changer totalement de ville, de pays, de langue et de culture, ça met quand même, sans qu’on en aie réellement conscience, pas mal de pression sur le cerveau, sensation partagée par les autres nouveaux arrivants
Ma vie est partagée entre mes cours le matin, et les après midi à tourner dans tous les sens. Parlons des cours, au passage. Les cours sont dispensés en chinglish, à une classe composée d’un grand nombre de nationalités différentes. C’est amusant de voir, par exemple, que les japonais sont très avantagés pour l’écriture, tandis que le thaïlandais à côté de moi parle déjà une langue tonale, bien qu’avec un alphabet d’une quarantaine de caractères (qui sont d’ailleurs assez jolis je trouve : พ่อขุนรามคำแหงมหาราช).
Pour ceux qui ne savent pas, les difficultés du Chinois sont qu’il s’agît d’une langue tonale et qu’on ne peut pas la lire. Tonale signifie que la modulation de la voix change la signification du son. Par exemple, ‘ma’ possède cinq significations selon la tonalité qu’on met dessus. D’ailleurs tous les sons nous semblent les mêmes, c’est difficile de faire la différence entre zh et ch ou sh… Quant à l’écriture, elle n’indique pas la prononciation du mot, sauf pour certains caractères. Donc, pour chaque mot de vocabulaire, il faut apprendre l’écriture (faire les traits dans le bon ordre notamment), la traduction, et l’écriture romanisé en pinyin avec les tons. Certains mots veulent dire tellement de choses qu’on a même pas de traduction : la langue chinoise est extrêmement imagée, toute en métaphore, par conséquent le système de pensée lui-même est si différent que la traduction littérale est presque impossible. Exemple : ‘train’ se dit ‘voiture feu’ en chinois.
Bref, voilà pour le cours express de chinois pour ceux qui s’y connaissent moins que moi. Tout ça pour dire que ça nécessite beaucoup de travail le soir, j’ai l’impression de retourner au lycée, mais c’est fascinant d’apprendre un langage qui a évolué si loin du notre, et d’en discuter avec des gens qui n’ont pas non plus la même langue natale que nous.
En terme de visites, cette semaine, qui m’a semblé durer un mois, on a fait Ikea, Carrefour, le métro, le Alien’s Exit and Entry Administration Office, Karaoké et bars. Pour ces deux derniers, j’étais le seul à venir pour la première fois en Chine, je découvre.

Le Ikea est franchement un Ikea comme en France, les prix à peine moins chers, sauf qu’il y a que des Chinois dedans (désolé pour le truisme). En anecdote amusante, j’ai remarqué l’air ahuri des chinois devant les roulettes coupe-pizza. Ils mangent pas de pizza, j’ai pas compris directement pourquoi il y avait autant de personnes en train de jouer avec. Pareil pour les plantes d’intérieur, je pense qu’ils en ont peu chez eux, car ils en prenaient des photos. Il y a également l’espèce de cafét’ Ikea, qui vend des produits étrangers. Le hotdog a un goût très proche de celui que je suppose être celui du papier.

Carrefour, c’est autre chose. On se retrouve comme un Carrefour en France, mais que des produits Chinois à l’intérieur, sauf le rayon import, qui propose, tenez-vous bien, du lait, des céréales, ET DU CAFÉ. Impossible de trouver une bonne cafetière par contre…

Carefour s’est par ailleurs adapté à la culture chinoise du suremploi. Les commerces chinois croulent sous les emplois surnuméraires. Je crois pas l’avoir évoqué en ces colonnes, mais le suremploi m’a interloqué les premiers jours. Il y a une ou deux personnes par rayon, payées à rien faire. Pour descendre un paquet d’une étagère dans une grande surface chinoise, il faut trois personnes. Une qui tient l’échelle, une qui monte à l’échelle pour tendre le paquet à une troisième restée en bas. Je l’ai vu de mes propres yeux. Et ce suremploi est partout. Les trottoirs nettoyées en permanence par une personne avec un petit balai, les jeunes qui font du racolage devant les bars, des espèces de flics pacifiques à chaque croisement, les boutiques vides de clients… C’est leur manière de soutenir l’emploi, les faibles salaires aidant. J’ai cru comprendre que l’état soutenait la croissance et l’emploi par l’octroi facilité de prêts, encourageant les investissements peu rentables, d’où par exemple les buildings vides. De toute façon l’argent des emplois créés artificiellement retourne dans leur caisse au final, dépensé dans le marché intérieur. Autre exemple, à l’entrée du métro, il y a un portique de sécurité. Un mélange de création d’emploi et de simulacre de sécurité j’imagine. Les chinois ont vraiment une vision différente de nous du travail. Nul doute que mes propos puissent vous paraître réducteurs, mais mon appartement lui-même en est un bon exemple. Il est chouette mon appartement. Propre, spacieux, j’ai du parquet, du double vitrage et tout ça. Par contre, la moitié des robinets sont inversés, les interrupteurs et les prises sont mal agencées, etc. Je doute que le biais culturel soit présent sur le mauvais agencement des interrupteurs : qu’on soit chinois ou pas, pourquoi la moitié des lumières de la salle de bain s’allume de l’extérieur, et l’autre de l’intérieur ? Ils sont vraiment dans le paraître, le marbre à l’entrée, les grosses voitures, tout ça. Pareil pour les BMW et autres jolies voitures allemandes garés devant des trucs en ruine. D’après un de mes camarades qui connaît assez bien la Chine, le coup des berlines dans les bidonvilles s’explique que les gens veulent pas partir, sachant que dans quelques mois/années, le gouvernement les indemnisera grassement pour partir, lors de la construction de complexes immobiliers géants. Ça doit jouer également, certainement, mais pas que. Ça explique également pourquoi ils aiment autant les produits de luxe, Français ou non. Il y a vraiment une mentalité «nouveau riche», dont la mise en perspective avec le communisme d’il y a quelques décennies est vraiment intéressant, aussi bien au niveau individuel que macroscopique, sociétal. Bon, je me perds complètement dans ce que j’ai à dire. Il y a tellement de choses à dire, sur tout ! Et ce, aussi bien sur eux, que sur nous. Car chaque interrogation sur ce qu’on voit en chine, provoque en retour de flamme sur notre propre culture. «Pourquoi je me pose cette question ? Pourquoi fait-on cela différemment ?»

Bon, j’ai plus d’inspiration pour aujourd’hui, et faut que j’aille faire des caractères. J’vous laisse avec mes photos de la semaine, pour ceux qui ne les ont pas déjà vues, et je tâcherai de trouver d’autres sujet intéressants pour la semaine prochaine !

J’ai arrêté de compter les jours, mais ça fait moins de 7.

Premier passage à l’Université, on a vu notre professeur, qui parle un chinglish assez amusant, ça va être dur de pas en rire au début. Ça fait du bien de retrouver des non-chinois un peu. Proportionnellement, les Français sommes la première nationalité j’ai l’impression, du coup on tombe facilement dans le piège de rester entre frenchies…
D’ailleurs tout le monde a étudié dans le domaine du commerce, management, mandarin ou des trucs comme ça. Mon profil est vraiment différent, et peu de gens veulent rentrer en France après.
Ce sont des classes d’une vingtaines de personnes, tout est très bien réparti en niveau. On a ensuite dû acheter les livres de l’année, pour 265yuan.

Carte présente sur un mur de la Fac. Bah oui, vous croyiez que c’était l’Europe le centre du monde ?
Astuce : Taïwan est de la même couleur que la Chine continentale.

 

Petite visite de la fac au passage.

Ces petits présentoirs à journaux officiels/propagande pullulent un peu partout. Même sous les arrêts de bus, pratique ! À quand les Libé à la place des publicités dans les arrêts de tram ? (ouais vu que Libé est le média de propagande du nouveau gouvernement)

La porte nord, avec son bassin à Lotus.